1947-1953 JeanVilar
: Pendant 17 ans, le Festival reste l'affaire d'un seul homme, d'une
seule équipe, d'un seul lieu, et donc d'une seule âme.
La volonté de Jean Vilar est de toucher un public jeune, attentif,
nouveau, avec un théâtre différent de celui qui
se pratiquait à l'époque à Paris : "Redonner
au théâtre, à l'art collectif, un lieu autre que
le huis clos (...) ; faire respirer un art qui s'étiole dans
des antichambres, dans des caves, dans des salons ; réconcilier
enfin, architecture et poésie dramatique".
Jean Vilar s'entoure d'une troupe d'acteurs
qui viendra chaque mois de juillet réunir un public de plus en
plus nombreux et de plus en plus fidèle. Ces jeunes talents,
ce sont Jean Negroni, Germaine Montero, Alain Cuny, Michel Bouquet,
Jean-Pierre Jorris, Silvia Montfort, Jeanne Moreau, Daniel Sorano, Maria
Casarès. Gérard Philipe, déjà célèbre
à l'écran, les a rejoints en 1951 ; il en est resté
le symbole, avec ses rôles fameux du Cid (Corneille) et du Prince
de Hombourg (Kleist).
Le Festival devient le fer de lance du renouveau
théâtral français. Il éclaire et conforte
d'autres expériences d'animation théâtrale et Avignon
devient autant le rendez-vous de ces pionniers que l'évènement
culturel de l'été.
L'administration et la troupe qui s'organisent
à Paris presentent en Avignon des spectacles qui feront
date : Lorenzaccio, Dom Juan, Le Mariage de Figaro, Meurtre dans la
cathedrale, Les Caprices de Marianne, Mère Courage, La
guerre de Troie n'aura pas lieu...
Et chaque été, au palais des
Papes, c'est une liturgie, un rituel, une "communion" qui
se déroulent.
1964-1979 :
Jean Vilar
est lui-même le premier conscient que ce rituel risque aussi de
se changer en routine. D'autres personnalités du théâtre
s'affirment également en France.
Dès
lors, le festival est plus difficile à maîtriser. De nouvelles
générations en témoignent. Ainsi en 1968, Jean
Vilar est-il dans la tourmente. La vague de la révolte étudiante
de mai 1968 atteint le Festival et conteste son père fondateur.
La confusion des esprits est à son comble et Jean Vilar, pourtant
si ouvert au dialogue avec la jeunesse, en souffrira irrémédiablement.
Il est emporté par une crise cardiaque en 1971.
C'est
Paul Puaux, témoin et acteur de l'aventure, qui poursuit
l'entreprise Vilar.
Parallèlement
au festival, s'est créé; un hors festival : le "off", regroupement épars
de compagnies d'abord locales (Benedetto, Gélas) puis de jeunes
équipes venues des quatre coins de France (Gildas Bourdet, Bernard
Sobel...) désireuses de toucher le public du Festival. Sans pour
autant avoir été; sélectionnées et invitées
par la direction du Festival, elles veulent participer à ce qui
devient la grande fête estivale du théatre, rendez-vous
incontournable des professionnels et du public amateur de theatre.
1980-2000 : En 1980, le Festival est à
un nouveau tournant de son histoire. Géré par une régie
municipale, il n'est pas subventionné par l'Etat. Il doit
etre modernisé et professionnalisé pour faire appel
à la nouvelle génération des créateurs.
Paul Puaux passe la main ; il fait appel à un plus jeune administrateur
: Bernard Faivre d'Arcier, qui pendant cinq ans s'attachera à
ces objectifs.
Désireux de se consacrer à l'histoire
de l'aventure vilarienne, Paul Puaux créé la Maison Jean-Vilar.
Symbole du changement, l'affiche est
désormais confiée chaque année à un plasticien
différent.
Vilar avait ouvert le Festival à la
danse au cinéma puis au théatre musical. Bernard
Faivre d'Arcier , de plain-pied avec son temps, tente l'expérience
de l'audiovisuel, espérant trouver par là un accroissement
d'audience, et susciter l'intéret d'un public
élargi. L'année suivante il propose une vaste confrontation
du " vivant et de l'artificiel "à travers une
exposition, des rencontres, des débats.
En 1985, Alain Crombecque, ancien directeur
artistique du Festival d'Automne, prend les renes d'Avignon pour huit
ans. À la confiance accordée à sa génération theatrale,
il ajoute sa marque personnelle, en insistant sur les lectures des poètes
contemporains (Michel Leiris, René- Char, Louis-René; Des Forets...),
sur la rencontre avec de grands acteurs, (Alain Cuny, Maria Casarès,
Jeanne Moreau), sur la musique contemporaine avec le Centre Acanthes,
les traditions extra-europeennnes (musique indienne, africaine, pakistanaise,
iranienne...) ou encore avec la présentation du Ramayana par différrents
pays d'Asie du Sud-Est).
Du Mahabharata, présenté
par Peter Brook à la carrière de Boulbon, au programme
theatral et musical de 1992 consacré à l'Amérique
hispanique, Avignon s'ouvre, en effet, davantage à l'étranger.
Le Festival n'en reste pas moins le point focal de grandes aventures
du theatre français, convenant à des spectacles
de dimensions hors normes qu'il serait difficile de présenter ailleurs,
comme l'intégrale du Soulier de satin de Paul Claudel, mis en
scène par Antoine Vitez ou encore la projection dans la Cour d'Honneur
avec orchestre de grands films muets du repertoire cinématographique
: Intolérance de Griffith en 1986, Octobre d'Eisenstein en 1989.
En 1993 Bernard Faivre d'Arcier revient, à
la demande de la Ville et de l'Etat, au Festival pour un nouveau
mandat en compagnie de Christiane Bourbonnaud, directrice administrative
de la manifestation, avec, pour nouvelle ambition, de faire d'Avignon
l'un des pôles européens du theatre.
L'édifice s'est consolidée;
avec un budget renforcé, un public de plus de 120 000 spectateurs,
et la présence de nombreux jeunes acteurs et metteurs en scène
à découvrir ou confirmés, pour une trentaine de
manifestations chaque été; qui se déclinent en plusieurs
centaines de représentations, réparties sur une vingtaine
de lieux scéniques, très différents les uns des
autres.
L'histoire du Festival est donc celle d'une
grande continuité : elle a connu quatre directeurs seulement
en cinquante ans, mais aussi une profonde évolution : le Festival
est passé d'un centre unique (une seule troupe, un seul lieu)
à une multitude de propositions artistiques. Face à cette
mutation, la programmation se doit de créeer l'évènement
qui peut advenir dans la cour d'Honneur (Dom Juan, Médée
par Jacques Lassalle en 1983 et 2000) ou ailleurs (Pièces de
Guerre d'Edward Bond, par Alain Françon en 1994 ; La Servante
d'Olivier Py présentée 24 heures sur 24 au Gymnase
Aubanel en 1995...) ou encore avec l'ouverture aux cultures
étrangères, le Japon en 1994, la Russie en 1997, Taiwan
et la Corée en 1998, l'Amérique latine en 1999, et
les theatres de l'Europe de l'est en 2000 et
2001...
Chaque année, c'est donc un abondant
menu qui est proposé ...
On ne sait décompter exactement le
nombre de spectateurs du Festival ; un habitué va voir plusieurs
spectacles du "in" comme du "off" pendant son séjour.
C'est un public nombreux, passionné et disponible car en vacances.
à en examiner de plus près les comportements, il existe,
en fait, plusieurs publics distincts qui ne vivent pas le festival au
mê rythme. Chacun a sa perception de la ville et ses parcours
propres. Il y a les habitués, les fidèles, voire les "pèlerins"
qui organisent leur séjour à l'avance. Et à l'autre
bout de l'échelle des comportements, les "flaneurs
explorateurs" qui se laissent guider par l'instinct du moment.
Certains ne fréquentent que le "in", d'autres que le
"off", mais la plupart se concoctent des mélanges bien
à eux. Le public discute, critique, critique les critiques, interroge
et débat en fin de journée au verger Urbain V, au pied
du palais des Papes, où il aime rencontrer les artistes présents.
C'est un lieu de formation des spectateurs, apprentissage qui peut se
faire aussi au long des séjours organisés par les CEMEA
(l'institution du monde de l'enseignement qui aménage plusieurs
formules d'accueil efficaces et appréciées pour des jeunes,
ou des visiteurs étrangers) ; cette initiation se fait également
à la diable, au hasard des rencontres du jour et des informations
du moment.
Comment organiser son Festival ? Soit en lisant
le programme et en réservant à l'avance des billets pour
le festival lui-même (60% environ des places sont ainsi délivrées
sur trois à quatre semaines avant le début du Festival).
Soit en partageant le plaisir de la découverte, entre amis, d'un
spectacle déniché dans un lieu du "off".
Pour les professionnels (français et
étrangers), il existe des lieux de rencontre. D'abord,
le quartier général du Festival lui-meme, où
se déroulent chaque matin, les conférences de presse présentant
les spectacles. La Maison du Théatre à Saint-Louis
d'Avignon ensuite, qui offre, dans la journée, un programme de
rencontres, de colloques, d'étude, où tous les aspects
de l'activité professionnelle du théatre et de la
danse sont évoqués : économiques, politiques, artistiques,
techniques, juridiques, etc. C'est ainsi (et sous l'impulsion de Jean
Vilar lui-même depuis 1964) qu'Avignon est devenu aussi le rendez-vous
des professionnels, un lieu de réflexion, d'élaboration
et de décision de politique culturelle.
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